Vers une agriculture bas carbone aux portes de Paris

Les sols agricoles représentent plus de 53% de la surface du territoire français et constituent un levier important de lutte contre le changement climatique grâce, notamment, à leur capacité de stockage du carbone.

Dès 2013, l’association Terre et Cité organise une rencontre entre les agriculteurs du Plateau de Saclay et des chercheurs (notamment le LabEx BASC) afin d’échanger sur la problématique du changement climatique et de l’adaptation des cultures. De cette rencontre émerge un projet de  recherche appliquée sur les conséquences du changement climatique sur les cultures de céréales. Les résultats sont présentés lors de temps d’échange avec la profession agricole, mais aussi dans le cadre de l’exposition Saclay COP en 2015 (communes du territoire, CEA, Petit Palais, etc). Ce premier lien entre agriculteurs et chercheurs coïncide avec les premières années où les effets du changement climatique se font fortement sentir dans les champs. C’est un sujet toujours présent dans la dynamique de recherche appliquée VivAgriLab coordonnée par Terre et Cité.

En 2016, Terre et Cité est sollicitée par l’unité technique du Groupe de Travail 1 du GIEC basé sur le plateau de Saclay qui souhaite minimiser l’impact carbone de ses déplacements internationaux en compensant ses émissions de gaz à effet de serre localement. Terre et Cité pilote alors une étude de faisabilité pour la compensation carbone agricole dans les territoires agri-urbains franciliens livrée en Novembre 2019. Cette étude offre à voir les perspectives de projets agricoles vertueux pour le climat pouvant être financés grâce au mécanisme de la certification carbone par des acteurs économiques locaux (entreprises, établissements d’enseignement supérieurs, laboratoires de recherches, etc.). 

La certification carbone, qui permet en outre de financer des actions de réductions d’émissions de gaz à effet de serre et de séquestration du carbone dans le sol à travers la vente de crédits carbone, sert la mission initiale de Terre et Cité en créant du lien entre des mondes qui ne communiquent habituellement pas (les entreprises et les agriculteurs, par exemple). Elle permet, en responsabilisant concrètement les acteurs sur leurs émissions de carbone, de valoriser l’agriculture et les agriculteurs à un niveau local, et concourt ainsi à la préserver.

Parallèlement à cette étude de faisabilité, les agriculteurs du Plateau de Saclay manifestent leur volonté de mesurer l’impact climatique de leurs activités. La ferme expérimentale d’AgroParisTech, située à Grignon (78), réalise en 2020 et 2021 les bilans gaz à effet de serre de 7 fermes dans le cadre d’un projet LEADER. Ces bilans coïncident avec l’arrivée de la méthode grandes cultures du label bas-carbone créé par le Ministère de la Transition Écologique qui institue un référentiel français pour la compensation carbone. Terre et Cité accompagne les agriculteurs du Plateau de Saclay qui souhaitent s’engager dans une démarche de réduction de leur impact et de valorisation par une certification carbone en travaillant en étroite collaboration avec la Chambre d’agriculture et les Jeunes Agriculteurs.

Suite à l’étude de faisabilité pour la compensation carbone, le département de l’Essonne, qui avait participé à son financement, missionne dès 2020 Terre et Cité pour réfléchir à la possibilité de mettre en place un projet pilote de certification carbone agricole à l’échelle du département. Une fois ce projet innovant lancé, l’idée est que le département reprenne la compétence pour développer d’autres projets dans la continuité de celui-ci.

L’association s’est dotée d’un outil d’aide à la décision pour sélectionner les organismes auxquels les crédits carbone pourront être vendus : vérification de leur implication dans une démarche de réduction de leurs émissions avant de chercher à les compenser, respect des valeurs de Terre et Cité, actions pour le territoire, etc.

« Terre & Cité n’a pas vocation à mener des projets de compensation en tant que tels. Nous nous sommes saisis de ce mécanisme comme d’un outil, à utiliser consciencieusement, pour rapprocher des mondes qui aujourd’hui peinent à se rencontrer et à se parler ». Caroline Doucerain, présidente de l’association

Chronologie du projet

2020-21 : Projet d’accompagnement des producteurs agricoles du plateau de Saclay dans la mesure et l’atténuation de leur bilan gaz à effet de Serre

En 2020 et 2021, 6 fermes céréalières et une ferme en polyculture-élevage du plateau de Saclay ont bénéficié d’un bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre, effectué par la ferme expérimentale d’AgroParisTech et co-financé par le programme européen LEADER. Seules ces fermes ont pu bénéficier d’un bilan car des outils de calcul satisfaisants n’étaient pas disponibles pour les autres modèles agricoles (maraîchage, élevage ovin ou avicole, etc). La réalisation des bilans carbone s’inscrit également dans l’optique de mener à des projets de compensation carbone, pour laquelle les premières méthodes à être disponibles étaient celles concernant l’élevage bovin et les grandes cultures. Terre et Cité reste attentive aux opportunités pour réaliser des bilans carbone pour les autres fermes du Plateau de Saclay, en attente par rapport à cela.

Ces bilans carbone, réalisés avec les outils PilotAgro (pour les grandes cultures) et CAP’2ER (pour l’élevage bovin), leur permettent de mesurer l’impact climatique de leur exploitation et d’identifier les voies de progrès possibles pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. De plus, ils constituent un point de départ essentiel pour les agriculteurs souhaitant s’engager dans la certification carbone (voir La certification carbone agricole à Terre et Cité).

Une restitution des résultats de ces bilans aux agriculteurs concernés a eu lieu en septembre 2021. Les résultats agrégés seront disponibles d’ici début 2022 et les agriculteurs auront chacun un livret valorisant leurs résultats personnels.

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Un projet soutenu par 

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2021 : La certification carbone Agricole à Terre et Cité

L’étude de faisabilité pour la compensation carbone agricole sur 4 territoires agri-urbains, coordonnée par Terre et Cité, a montré l’intérêt de la compensation carbone sur le territoire du Plateau de Saclay d’un point de vue agronomique comme financier. Suite à cela, Terre et Cité a donc poursuivi son engagement sur ce sujet afin de passer de l’étude à la concrétisation !

En 2019, l’INRAE publie l’étude “stocker du carbone dans les sols français”, qui fait suite à l’émergence de l’initiative “4 pour 1000” engagée dans le cadre de la COP21. C’est dans ce contexte que le gouvernement lance le label bas-carbone au printemps 2019. Ce label vise à certifier des projets vertueux pour le climat et l’environnement qui permettent d’augmenter la séquestration du carbone dans les puits naturels (forêts et sols) et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Des méthodologies spécifiques à chaque secteur d’action (forêt, agriculture, transports, bâtiment…) permettent de définir des pratiques vertueuses que les porteurs de projets peuvent mettre en place localement ainsi que la manière dont seront calculés les crédits carbone. Ces projets sont financés par des acteurs (privés, publics, associatifs, particuliers, etc.) souhaitant compenser leurs émissions par l’achat de crédits carbone, selon une démarche de compensation carbone volontaire.

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En lien avec l’I4CE (Institute for Carbon Economics) et le cabinet de conseil Carbone 4, Terre et Cité a suivi le développement de ce label et était présente lors de sa première présentation par le Ministre de la transition écologique et solidaire. Terre et Cité a également été associée à la préparation de la méthode sur les Grandes Cultures en tant que membre du Comité des Usagers.

En agriculture, des méthodes ont été développées pour la compensation carbone dans différents secteurs : élevage bovin, grandes cultures, plantation de vergers, gestion durable des haies, réduction des intrants dans les productions végétales, et d’autres sont en développement. Terre et Cité a décidé d’accompagner les agriculteurs en grandes cultures. En effet, il s’agit en surface des cultures majoritaires sur le territoire et des actions de réduction de l’impact environnemental dans ce domaine sont très attendues. La sortie de méthodes sur le maraîchage et le petit élevage serait également intéressante pour Terre et Cité, car cela correspond bien à la récente diversification des acteurs agricoles du Plateau de Saclay.

Comme indiqué dans la méthode Grandes Cultures sortie en 2021, les agriculteurs qui souhaitent être certifié bas-carbone en grandes cultures peuvent agir, entre autres, sur la gestion des engrais et la consommation des combustibles fossiles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et sur les couverts végétaux en interculture ou les résidus de culture pour augmenter la séquestration du carbone dans le sol.

Deux agriculteurs du Plateau de Saclay font partie du premier groupe d’agriculteurs français à avoir manifesté leur intérêt pour une certification carbone en grandes cultures. Pour les accompagner tout au long de ce projet de 5 ans, ils seront épaulés par la jeune entreprise Rize. Rize est une entreprise créée par deux polytechniciens, qui a pour objectif d’aider les agriculteurs à générer et à vendre des crédits carbone, en leur fournissant un accompagnement technique et administratif. Première étape pour nos agriculteurs : réaliser le diagnostic initial de leur exploitation !

2016 - 2019 : Etude de faisabilité des projets de compensation carbone sur des territoires agri-urbains

En 2016, suite à la demande du groupe de travail 1 du GIEC, co-présidé par Valérie Masson-Delmotte et localisé à Gif-sur-Yvette sur le plateau de Saclay, l’association Terre et Cité s’est associée à 3 territoires voisins pour mener une étude de faisabilité sur le potentiel de la compensation carbone agricole et pour déterminer les possibilités de mettre en place des projets sur ces territoires. Les territoires ayant participé à l’étude sont :

  • le GAL Seine Aval ;
  • Coeur d’Essonne Agglomération 
  • la Plaine de Versailles ;
  • le Plateau de Saclay 

Ils rassemblent 132 communes et 340 agriculteurs sur 95 000 hectares, dont 30 à 58% sont des terres agricoles, et 21 à 52% des zones artificialisées. Dans le cadre de l’étude, 24 agriculteurs, représentant tous les territoires, ont été interrogés. 

Le comité de pilotage de cette étude était constitué des territoires partenaires, de la chambre d’agriculture d’Île-de-France, de l’ADEME, de l’Essonne, d’une représentante de l’unité technique du GT1 du GIEC, des agglomérations partenaires de Terre et Cité, de l’INRAE, du CEREOPA, et de Carbone 4. L’I4CE a également participé à certains comités de pilotage.

Cette étude, restituée en décembre 2019 à des entreprises localisées sur le Plateau de Saclay, a montré l’intérêt à la fois agronomique et socio-économique de la mise en place de la compensation carbone sur le territoire. L’étude est composée en elle même de trois parties :

  • une étude technique sur le potentiel de stockage de carbone dans les sols, et le choix des pratiques culturales pour cela.
  • une étude sociologique pour comprendre dans quelle mesure les agriculteurs sont prêts à faire évoluer leurs pratiques agricoles en vue de contribuer à la mitigation du changement climatique. 
  • et une étude socio-économique auprès des entreprises, pour caractériser l’offre et la demande locale en compensation carbone, et l’intérêt porté par les potentiels financeurs à ce sujet.

Conclusion des études : 

Etude Technique, réalisée par l’INRAE et CEREOPA :

] Le potentiel de compensation de 11 pratiques agricoles a été étudié, dans le contexte du périmètre des territoires agri-urbains étudiés.

Les pratiques agricoles sont les suivantes :

  • Substitution d’engrais par l’urine,
  • Compostage,
  • Réduction du travail du sol,
  • Semis directs,
  • Couverts végétaux,
  • Optimisation de la fertilisation,
  • Réduction des apports d’azote avec perte de rendement,
  • Légumineuses,
  • Inhibiteurs de nitrification,
  • Méthanisation,
  • Bandes enherbées intra-parcellaires, etc.

Les pratiques identifiées par l’étude pour leur potentiel de compensation pour les territoires concernés sont les couverts végétaux, et les inhibiteurs de nitrification, et avec plus de réserves, la substitution de l’engrais par l’urine, les semis directs, l’implantation de légumineuses, et l’implantation de bande enherbées intra-parcellaires. 

Etude socio-économique auprès des entreprises, réalisée par Carbone 4 :

  • Les financeurs sont davantage intéressés par les secteurs agricole et forestier pour la compensation carbone, et notamment par la dimension locale des projets, ainsi que par les co-bénéfices environnementaux qu’ils peuvent apporter.
  • L’enjeu du prix est très important pour les financeurs. Ils souhaitent généralement financer des projets de qualité, mais ne sont pas forcément prêts à mettre le prix nécessaire pour cela.
  • Il y a une certaine méconnaissance des mécanismes de compensation carbone chez les entreprises.
  • L’image de la compensation portée par le Label Bas-Carbone nécessite donc certainement un travail de sensibilisation auprès des acteurs économiques privés. 

Étude sociologique auprès des agriculteurs, réalisée par Terre et Cité :

  • Un certain niveau de connaissance sur les enjeux du climat et des principes de la compensation est nécessaire pour permettre aux exploitants de se positionner sur la certification carbone.
  • Les agriculteurs sont prêts à mettre en place plusieurs pratiques agricoles pouvant bénéficier de financements de la certification carbone. Une partie d’entre elles a besoin d’être approfondie. 
  • Lorsqu’ils sont accompagnés dans ces démarches par des tiers de confiance, les agriculteurs sont prêts à agir.

L’étude a montré qu’il y avait un intérêt du point de vue technique à faire de la compensation en grandes cultures, ce qu’a confirmé la rédaction de la méthode grandes cultures. Elle a également montré que les agriculteurs sont prêts à agir et que les entreprises sont enclines à acheter des crédits carbone agricoles et locaux. Il reste néanmoins un important travail de sensibilisation et d’accompagnement à réaliser et c’est ce sur quoi Terre et Cité agit aujourd’hui.

 

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Restitution de la compensation carbone aux entreprises du Plateau de Saclay

 

Les territoires de l’étude

Coeur d’Essonne Agglomération, le Groupe d’Action Local de Seine Aval, l’Association Patrimoniale de la Plaine de Versailles et du Plateau des Alluets et l’Association Terre et Cité du Plateau de Saclay blank

Un projet soutenu par 

L’université Paris Saclay (UT du GT1 du GIEC), l’ADEME, le Département de l’Essonne et l’ensemble des territoires partenaires 

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Les partenaires du projet 

L’INRA, le CEREOPA, la Chambre d’Agriculture de Région d’Ile-de-France et Carbone 4 

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